LE CONTINENTAL BULLDOG

Il est parfois des choses rares qui méritent vraiment que l’on y prête une attention particulière, y compris en cynophilie. Rares, sont les personnes qui ne trouvent pas extraordinaire d’observer une comète légendaire, celle qui passe dans le ciel tous les 80 ans, l’événement d’une vie en quelque sorte. Il se trouve que pour les passionnés d’histoire canine, les recherches soient souvent longues et laborieuses, pour retrouver et même parfois comprendre, comment une race a bien pu naître et évoluer. Il y a bien quelques écrits, parfois des dessins ou des photos, mais il y a surtout, l’interprétation que l’on confère aux propos réellement ou prétendument, tenus par les « créateurs » d’une race, par ces initiateurs illuminés d’une idée si tenace, qu’ils défendent souvent avec une passion dévorante.
Alors, quand on a la chance de vivre cela et de pouvoir côtoyer une expérience aussi vivante et puissante, il convient d’y consacrer quelques moments et de bien en comprendre à la fois les enjeux et les difficultés réelles et sérieuses de ce genre d’aventure.

Imelda ANGEHRN est quelqu’un que l’on qualifier de –Grande Dame – de la cynophilie internationale. Eleveuse reconnue du très fameux English Bulldog, (Bulldog Anglais), (sous son affixe PICKWICK de 1996 à 2000, naîtrons plus de 200 nichées), elle se dépense sans compter pour cette race magnifique. Malheureusement, cette race, comme bien d’autres subit au cours des décennies les affres de la recherche de la perfection et des envies ou des avis parfois contradictoires. Le Bulldog Anglais selon Imelda ANGEHRN, semble s’éloigner trop de l’idée qu’elle pouvait s’en faire.
Avec l’objectif de rendre à l’English Bulldog, certaines caractéristiques perdues, Imelda ANGEHRN tente l’exposé auprès du club en Angleterre, pays qui détient le standard. Les idées ne convergent pas, il faudra donc trouver une autre voie pour exprimer une conviction profonde. Ainsi en l’an 2000, elle trouvera l’écoute au sein de son pays d’origine, la Suisse. La Société Cynologique Suisse, (SCS) lui donne la permission de pratiquer le métissage du Bulldog Anglais avec une autre race.
Imelda ANGEHRN connaît bien le Old English Bulldog, race présente et reconnue aux USA, qui a retrouvé une impulsion sous l’égide de Monsieur David LEAVITT en 1971.
Dans l’esprit d’Imelda ANGEHRN, ce chien présente les avantages qu’elle recherche pour satisfaire les objectifs de santé. Le Old English Bulldog est plus grand, présente une bonne capacité physique, a un nez plus long, des jambes plus longues et une queue droite, les couleurs des robes sont équivalentes à celles de l’English Bulldog. La mise bas est naturelle. Outre ces aspects physiologiques, ce chien possède un caractère facile et joueur, il reste cependant gardien et réservé vis à vis des étrangers.
La retrempe avec le Old English Bulldog se pose en évidence à Imelda ANGEHRN, mais il aura fallu de nombreux mois et de très nombreux échanges avec beaucoup d’experts et de professionnels de la cynophilie, pour en arriver à cette conclusion qui n’était en fait que le départ de ce fabuleux travail.

Lors de métissages hasardeux ou avec des chiens d’origines inconnues, le risque de résultats décevants et incontrôlés augmentent. Dans le cadre de ce programme d’élevage, les chiens acquis par Imelda ANGEHRN, notamment aux USA, sont des Old English Bulldogs dont les origines sont contrôlées. Ainsi, le risque est minoré, car l’éleveur sait ce qu’il peut retrouver dans le métissage, ce qu’il espère faire ressortir.
Le programme d’élevage, action très encadrée, démarre à l’été 2001, été, qui verra la naissance de la première nichée de chiots Pickwick, (affixe de Madame ANGEHRN), croisement d’English Bulldog et de Old English Bulldog.
Imelda ANGEHRN observe que l’Old English Bulldog ne présente pas de problème particulier de santé. C’est un chien rigoureux, athlétique, solide. Cet aspect du programme devenant moins préoccupant, Imelda ANGEHRN concentre alors son travail sur la sélection du type et sur le caractère à obtenir. Le but avoué de l’expérience reste le même, élever un English Bulldog sain, ayant la capacité physique de la mise à l’épreuve, pouvant donner naissance naturellement, sans présenter un front trop large et imposant, des jambes trop courtes et une queue atrophiée. Il devra aussi et surtout conserver un caractère docile et aimable, proche du standard, marque incontournable de l’English Bulldog.
Les premiers résultats sont encourageants. En sept mois, (juillet 2001 à janvier 2002), 68 chiots naissent de 13 mises bas.
Au cours de cette phase, 4 mâles seront géniteurs, (OEB Spike, 7 saillies, OEB Kéco, 3 saillies, OEB Pharao, 1 saillie et EB Lil’snoopy et EB pinoec, chacun pour 1 saillie), et 13 chiennes génitrices, (11 English Bulldog et 2 Old English Bulldog).

Globalement, les mise bas d’OEB se passent naturellement et facilement, alors que pour 7 chiennes EB, une césarienne devra être pratiquée.
Les chiots présentent aussi et déjà, ce qui est un point remarquable, des aptitudes absentes ou perdues, chez l’English Bulldog d’habitude. Physiquement, ils sont déjà plus longs, plus équilibrés dans les proportions, tètent très facilement et présentent une grande vitalité.
Ces chiots prennent le nom de Pickwick Bulldogs Old Type, (PBOT).
Une des difficultés majeures pour ce programme et pour Imelda ANGEHRN reste la nécessité de conserver auprès d’elle, le maximum de chiots, pour pouvoir choisir les meilleurs sujets qui participeront à la poursuite du programme d’élevage. Cela exige beaucoup de place et l’implication de nombreuses personnes. Un programme comme celui-là, est donc loin d’être une partie de plaisir et demande une organisation et des études très rigoureuses.
32 chiots trouveront cependant acquéreurs, auprès de propriétaires, qui loueront pour ces chiens, qualifiés par Imelda ANGEHRN elle-même de chien « alternatifs », le caractère généralement enjoué et éveillé.
Ces témoignages seront importants pour Imelda ANGEHRN, qui outre les problèmes rencontrés ou les doutes qui parfois l’assaillent, se voit confrontés à des jugements rapides et parfois définitifs. Il faut donc une bonne dose de motivation et de ténacité pour tenir ce genre d’objectif.
Les membres de la commission d’élevage du Comité de la SCS, au cours d’une inspection, décident que la 3ème génération de chiots sera jugée par un groupe de juges compétents. Si le résultat est jugé valable et satisfaisant, ces chiots seront inscrits à l’annexe du Livre des Origines Suisse, (SHSB) et auront alors la possibilité d’être présentés en exposition. Après 3 générations supplémentaires, il sera possible d’inscrire ces chiens sur le Registre principal de SHSB.
C’est dire que le programme est à ce moment là, un véritable succès. Imelda ANGEHRN, ne perd pas de vue cependant, que les mariages suivants, de 2ème, puis de 3ème génération peuvent parfois, anéantir par des résultats décevants, l’enthousiasme des plus convaincus. L’élevage prend ainsi tout son sens, il ne s’agit pas d’une banale recette de cuisine, d’un mélange anodin pour un résultat éphémère. La difficulté réside bien dans la capacité de fixer les types et les caractères que l’on recherche et en l’espèce, les objectifs sont très clairs.
L’expérience se poursuit en 2002 et 2003. Les mariages se font entre Old English Bulldog, English Bulldog et PBOT, mais aussi entre 2 PBOT, une 2ème génération, 100% PBOT. En tout et depuis le début 50 nichées donnent le jour à 280 chiots, l’objectif est de plus en plus évident et semble proche.
Malgré tout, le but premier d’une retrempe du PBOT avec l’English Bulldog, semble de plus en plus improbable. Trop de réticences et surtout un écho formidable pour ce chien nouveau, d’une très bonne condition physique et d’un caractère admirable.
En septembre 2003, une délégation de la Commission scientifique pour le Soutien d’Elevage de la SCS, visite l’élevage d’Imelda ANGEHRN en vue de l’inscription à l’Annexe du Livre d’Origine Suisse, (LOS), de ces chiens. Dans ces conditions, plus de 70 chiens sont jugés par un juge, mais aussi par un vétérinaire. Les membres de la commission sont enthousiastes et expriment leur satisfaction. Il devient évident, dès lors, que ces chiens doivent trouver leur place, indépendamment de l’English Bulldog.
Un an sépare encore Imelda ANGEHRN d’un palier supplémentaire dans l’accomplissement de cet énorme travail. Un groupe de travail au sein du Comité Central de la SCS suit de très près les progrès du programme. Finalement, le 15 septembre 2004, ce groupe de travail donne son accord pour la reconnaissance d’une nouvelle race baptisée le Continental Bulldog.
Cette décision consacre des mois de travail, de rigueur et d’investissement financier d’Imelda ANGEHERN. C’est un palier symbolique de grande importance, celui qui permet de poursuivre un travail de fond, en vue de la reconnaissance de la race par la Fédération Cynologique Internationale, la FCI.
Si tel est le cas, le Continental Bulldog sera une race Suisse.

Il n’empêche, le chemin est encore long et le cahier des charges imposé par la FCI particulièrement lourd, compliqué et strict, ce qui pour le moins évite de trop faciles velléités d’élevages ou de programmes fantaisistes.
Il reste au programme à créer 8 lignées indépendantes, (sans consanguinité), dont les aïeux des 3 dernières générations ne doivent présenter aucun lien de parenté, il en est de même pour les 3 générations de descendants. Il est impératif dans ces conditions, que d’autres éleveurs épaulent le travail d’Imelda ANGEHRN, car il faudra la naissance au minimum de 1000 chiens vivants pour espérer répondre à ces critères.
Pour atteindre cet objectif ambitieux, Le Continental Bulldog Club Suisse a été fondé le 5 décembre 2004. Le CBCS a comme but de promouvoir cette nouvelle race et de soutenir les éleveurs dans leurs efforts d’élever des chiens sains, mobiles et dotés d’un excellent caractère.
En savoir Plus :
Club du Continental Bulldog : www.continental-bulldogs.com
Secrétariat : sekretariat@continental-bulldog.com
Président du CBC : Arkas Wymann
Présidente de la Commission d’élevage : Imelda Angehrn
Exposition et cynologie romande : Antoine Leuenberger
Pickwick Bulldogs : www.pickwick-bulldogs.ch
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Et pendant ce temps là, chez le Bulldog....
L’English Bulldog est connu pour ses caractéristiques bien spécifiques. Cette race a un long passé dans la cynophile. L’Incorporated Bulldog Club, (Club anglais), a la particularité d’être le premier club fondé au monde. (1875). Le Standard a été écrit en 1876. Depuis, de nombreuses interprétations ont eu lieu et cela a entraîné naturellement des dérives pas toujours bénéfiques pour la race. On a parfois privilégié plus l’aspect, le look, que le maintien des éléments fondamentaux de bonne santé du chien.
Ces différents problèmes n’ont pas été occultés par le Breed Council, (organisme regroupant la majorité des clubs d’English Bulldog en Angleterre), et encore moins par Madame Hélène DENIS, Présidente du Club du Bulldog Anglais en France.
Ainsi et sous l’impulsion du Breed Council, le standard de l’English Bulldog a été modifié en 2004, afin de préciser les contours acceptables de certaines caractéristiques physiques du Bulldog Anglais et lui permettre de retrouver une meilleure santé et un bien être.
Précisons que les modifications du standard touchent notamment la détresse respiratoire, qui si elle est évidente constitue un défaut éliminatoire. Il est rappelé que le chien ne doit pas être obèse, qu’il doit pouvoir présenter des allures correctes, que le bourrelet derrière la truffe ne doit pas nuire au profil incliné de la face. De nouveaux défauts éliminatoires sont précisés, chien en détresse respiratoire et queue incarnée.
Un effort particulier est développé pour stopper des dérives incongrues et néfastes et encourager la qualité de vie dans l’élevage du légendaire English Bulldog.
CBA : Présidente Hélène DENIS, http://www.bulldog.asso.fr/
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